Les corsaires, premiers mixologues?

Les corsaires, premiers mixologues?

Par: CATHERINE FERLAND, PH.D., HISTORIENNE

Lors des guerres qui opposent les grandes nations européennes entre le 16 e et le 18 e siècles, les eaux atlantiques deviennent dangereuses pour la navigation commerciale. À certains moments, l’activité des corsaires devient si intense, et les bateaux pillés si nombreux, que peu de marchandises parviennent à destination. Il va sans dire que les cargaisons de boissons alcooliques n’ont aucune chance de sortir intacte de ces raids, les flibustiers, corsaires et autres pirates — ainsi que la gent maritime en général — ayant la réputation d’être de solides buveurs ! Voyager en mer est si dangereux qu’on comprend ce besoin de s’étourdir un peu…

Mais attention, tout n’est pas dû qu’à l’ivrognerie. En mer, les vertus revigorantes des boissons alcooliques, jointes à leur conservation facile, en font des breuvages plus sains que l’eau douce, qui se corrompt vite sous l’effet conjugué de la chaleur et de la stagnation dans les tonneaux. Par conséquent, l’alcool fait partie de la ration alimentaire des équipages. Grand favori pendant longtemps, le vin est progressivement détrôné par le rhum à partir des années 1650 : cette eau-de-vie tirée de la canne à sucre se conserve bien. On s’assure donc d’avoir toujours une quantité suffisante de rhum à bord des navires. Et c’est une denrée recherchée lors d’abordages, comme on peut s’en douter!

Et la mixologie dans tout cela ? L’habitude de mélanger plusieurs boissons alcooliques pour concocter des rafraîchissements vient justement du mode de vie en mer. Pour gonfler les quantités à boire et aussi pour améliorer le goût, marins et pirates n’hésitent pas à ajouter divers ingrédients à leur rhum… qu’il s’agisse de leur ration réglementaire ou d’un butin. Ces « cocktails » sont élaborés selon la disponibilité des ingrédients et des ressources locales. On y inclut par exemple du sucre de canne des Antilles, des agrumes, des épices des pays tropicaux, voire une petite quantité de vin liquoreux de Malaga. De port en port, certaines recettes se répandent.

Faut-il voir dans ce type de recettes l’origine de la mode des « punchs » qui se propage dès le 18 e siècle aux Amériques et jusqu’en Europe occidentale ? Après tout, nous devons aux fils de Neptune une bonne partie des innovations en matière de boissons. Le reste appartient à la légende…

Date: 23 avril 2021

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